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Intervention de Nicolas Dupont-Aignan au "Dialogue franco-russe"

Intervention de Nicolas Dupont-Aignan au "Dialogue franco-russe"

Intervention de Nicolas Dupont-Aignan au "Dialogue franco-russe"

Assemblée Nationale - Paris , le 28 mars 2017

Le 10 février dernier, Gaël Taburet, dernier pilote du régiment Normandie-Niemen, disparaissait. Il était le dernier survivant d’une aventure exceptionnelle qui a incarné la relation particulière entre la France et la Russie. En novembre 1942, il y a presque 75 ans, le groupe d’aviateurs français « Normandie » quittait la base libanaise de Rayak pour rallier la base russe d’Ivanovo. En 1944, ce groupe devenait le glorieux régiment « Normandie-Niemen », remportant au moins 273 victoires au cours de plus de 5 000 missions et près de 900 combats, il a perdu 42 pilotes. Pour lui rendre hommage,  le 9 décembre 1944, le général de Gaulle avait inscrit ces mots sur le journal de marche du régiment : « Sur la terre russe martyrisée comme la terre française et par le même ennemi, le régiment Normandie, mon compagnon, soutient, démontre, accroît la gloire de la France ».

L’amitié entre la France et la Russie est ainsi devenue une fraternité d’armes, dont nous devons entretenir le souvenir. Rien ne pourra avoir raison de cette relation singulière qui unit la France et la Russie depuis au moins trois siècles. Cette relation faite d’échanges et d’inspirations réciproques, il faut la protéger et la renforcer. Nous sommes deux nations fières et libres qui entendent le rester. La Russie et la France mènent partout dans le monde le même combat pour la diversité culturelle. Contre l’hégémonie d’une langue, d’un seul mode de vie, contre la domination d’une culture, nos deux pays défendent leurs spécificités culturelles mais aussi le droit de tous les peuples de protéger leur patrimoine et leurs particularités.

La France et la Russie partagent une vision commune des rapports entre les Etats. Malgré leurs différences, la Russie et la France se comprennent car depuis 3 siècles, nous lisons les mêmes livres, vous avez lu nos philosophes, nous avons lu vos grands romanciers. Nous appartenons à la même civilisation européenne forgée par le christianisme, construite par l’Etat, épanouie dans la nation et dédiée à la liberté et à la dignité de l’homme.

Fidèle à cet héritage, dans mon dernier livre, je décris les 100 premiers jours de mon mandat. Nous devons retrouver le fil de la relation franco-russe. Laissant dans les oubliettes de l’histoire la médiocrité de François Hollande, je proposerai à Vladimir Poutine d’inaugurer la cathédrale orthodoxe russe de Paris, le 5 juin.

J’inviterai Vladimir Poutine le 6 juin pour commémorer avec Donald Trump le débarquement des Alliés en Normandie. Le même jour, j’organiserai un sommet franco-russo-américain où je réaffirmerai l'indépendance diplomatique et militaire de la France, jamais alignée et toujours libre de parler et de coopérer avec qui elle veut.

J'annoncerai, à cette occasion :

-       la sortie du commandement intégré de l'OTAN ;
-       la constitution d’une grande coalition avec la Russie qui éradiquera l’État islamique et luttera durablement contre l'islamisme ;
-       la fin du régime des sanctions économiques contre la Russie.

Se libérer du carcan de l’OTAN

Ces dernières années la relation franco-russe a été voilée, effacée, par des choix stratégiques désastreux et des postures idéologiques sans vision.

La chute de l’URSS aurait pu permettre de fonder la grande Europe de l’Atlantique à l’Oural voulue par le général de Gaulle. Mais l’inconsistance de nos dirigeants, si l’on exclut la clairvoyance du Président Chirac et le pragmatisme de Nicolas Sarkozy lors de la crise géorgienne, a cassé ce beau projet. L’élargissement inconsidéré de l’OTAN, le retour de la France dans le gouvernement intégré de l’OTAN, en 2009, la faiblesse de nos budgets de défense, nous ont inféodés.

La France doit se libérer du carcan de l’OTAN dont les priorités stratégiques ne correspondent ni à nos intérêts nationaux ni aux menaces réelles qui pèsent sur notre pays. Il est impératif d’établir une nouvelle architecture de sécurité européenne qui soit associée à la Russie. Face à la montée inexorable de la Chine, avec le retrait des Etats-Unis, contre le terrorisme, nous avons tout intérêt à renforcer nos liens avec la Russie. La coopération militaire avec la Russie doit être relancée. Pourquoi ne pas lancer de nouveaux projets communs ? Pourquoi ne pas imaginer la construction d’un porte-avions franco-russe ?

Notre politique de défense doit s’émanciper de l’idéologie de l’OTAN qui vise la Russie quand nos enfants sont assassinés par des terroristes islamistes. L’alliance russe contre l’Etat islamique.

La diplomatie de l'émotion plutôt que la défense de nos intérêts conduit le plus souvent aux pires catastrophes. Dictature sanglante à l'image de celle de Saddam Hussein, le régime des el-Assad - père et fils - ne fait pas rêver. Ce régime préserve pourtant un fragile équilibre entre des religions et des ethnies que l'histoire, à l'issue de la Première guerre mondiale, a enfermées dans les mêmes frontières. De même, la Syrie des Assad, gouvernée par la minorité chiite et alliée de Moscou et Téhéran, concourt à un ordre régional et global qu'on serait fou de prétendre bouleverser.

Or c'est précisément ce que veulent faire les puissances occidentales depuis le début de la guerre civile syrienne, en favorisant des forces rebelles très divisées et gangrénées par l'islamisme sunnite le plus radical. Une victoire des opposants à Bachar se traduirait presque à coup sûr par l'intensification de la guerre civile, l'établissement d'un régime islamiste aussi dangereux que l’Etat islamique et l'exacerbation d'une question nationale kurde.

La France, par ses liens anciens et originaux avec le monde extra-européen, a un rôle de tout premier plan à jouer pour contribuer à une meilleure stabilisation de l'environnement international, en Europe orientale comme au Proche-Orient. Ce rôle, la France doit le jouer avec la Russie contre l’intransigeance otanienne.

Cette alliance avec la Russie est la clé d'une résolution rapide et durable du chaos irakien et syrien, qui constitue une menace pour la communauté internationale tout entière et singulièrement pour l'Europe. Bien sûr, jouer la carte de la Russie obligera à la neutralité vis-à-vis de son allié syrien, mais si c'est le prix à payer pour la victoire, alors payons-le. De même, le renfort russe sera bien utile, à l'heure où Américains et Européens restent l'arme au pied, pour résorber l'anarchie libyenne et l'insécurité que font régner au Sahara les succursales d'Al-Qaïda.

L’Union européenne contre la paix

Au-delà de la lutte contre l’Etat islamique, l’avenir de notre continent, la paix et la coopération entre nos nations sont en jeu.

Le 6 juin, j’annoncerai aussi la fin du régime de sanctions diplomatiques et commerciales contre la Russie. La France souveraine peut mettre un terme même de manière unilatérale au régime des sanctions en vigueur. Il n’y a pas de solidarité européenne qui vaille quand nos intérêts sont en jeu. Répondant à des exigences et des lobbys bien éloignés des préoccupations des peuples, l’Union européenne a choisi une mauvaise voie lors de la crise ukrainienne de 2014 qui assombrit encore les relations entre la France et la Russie. 

En mars 2015, je me suis rendu à Moscou. A la chambre de commerce franco-russe, accueilli par son président Emmanuel Quidet, les entrepreneurs français présents en Russie m'ont présenté leurs préoccupations en raison des sanctions mais aussi les opportunités considérables du marché russe.

Des dizaines de nos entreprises ont perdu de nombreuses parts de marché, ces deux dernières années, notamment dans le secteur de l'agroalimentaire et de la défense. En 2015, nous avons perdu un tiers de nos exportations vers la Russie. Nos partenariats stratégiques, en particulier dans le domaine de la défense, ont été affaiblis. Le scandale de la non-livraison des Mistral a nui à la réputation de notre pays. Nos exportateurs du secteur agroalimentaire ont subi de plein fouet l’embargo décidé par la Russie.

Pour mettre un terme aux tensions actuelles et à ce jeu inutile de sanctions et de contre-sanctions, choisissons une sortie de crise ambitieuse sans attendre. L'erreur du partenariat européen établi avec la Géorgie et la Moldavie, l'Union européenne l'a répétée avec l'Ukraine. Plutôt que de prévoir un partenariat européen unique et inconditionnel à ces pays, il fallait prévoir un partenariat européen et russe. Le continent européen ne doit pas être un champ de bataille ou chacun des pays dispose de son pré carré.

J’estime que seule une discussion franche au « format Normandie » rassemblant la Russie, l'Ukraine, la France et l'Allemagne, concrétisée par les accords de Minsk, peut permettre de sortir de la crise ukrainienne. Deux exigences doivent être respectées: la fédéralisation de l'Ukraine et sa neutralité. L’Ukraine doit les mettre en œuvre. La présence de troupes l'OTAN en Ukraine et l'idée que l'Ukraine pourrait rejoindre l'OTAN ne sont que des provocations à l'égard de la Russie qui ajoutent la crise à la crise et ne règlent aucun problème de l'Ukraine. Enfin sur le plan économique seule une action conjuguée des Etats de l'Union européenne et de la Russie peut permettre de redresser l'économie ukrainienne, aujourd'hui dans une situation catastrophique.

Une politique eurasienne pour la France

Cette résolution de la crise ukrainienne doit être l’exemple d’une nouvelle ambition pour notre continent. L'unique solution est de relancer la coopération entre l'Ukraine, la Russie et les autres pays européens Nous devons construire une grande Europe: la France et la Russie doivent être les initiateurs et les porteurs de ce projet positif pour l'Europe.

De Brest à Vladivostok, nous pouvons donner de nouvelles perspectives au projet européen libéré du carcan de l’OTAN et l’Union européenne. Le Caucase, l’Asie centrale couverts par des pays partageant des liens privilégiés avec la France comme avec la Russie auront toute leur place dans ce dessein qui est à la hauteur de l’histoire de nos deux pays.

Une seule chose manque aujourd’hui pour le réaliser : la volonté politique. Elle manque aux dirigeants français, elle manque aux dirigeants européens, enfermés dans les schémas du passé. Cette volonté politique ne me manque pas, les Français la partagent, elle triomphera.

Vive la France !

Vive la Russie !

Vive l’amitié franco-russe !


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